Bouakeo Panyachack, une personne à découvrir

Abigaël Caron et Laurence St-Martin

Bouakeo Panyachack, une personne à découvrir - Abigaël Caron et Laurence St-Martin

L’histoire commence au Laos

Le 5 novembre 1975, une jeune femme du nom de Bouakeo Panyachack est née. Jusqu’à l’âge de cinq ans, sa famille demeure à Ventiane qui est l’une des villes les plus peuplées du Laos. Prise au piège par la guerre opposant les communistes et les Français, sa famille se trouve menacée tous les jours. Pour fuir cette catastrophe, les parents de Bouakeo n’ont d’autre solution que l’exil. À quelques kilomètres de nage, en Thaïlande, se trouve un camp de réfugiés spécialement conçu pour recevoir les Laotiens qui fuient la guerre. Si sa famille réussit à traverser la frontière, elle se retrouve en sécurité!

Un départ très risqué

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un soir, les parents, avec Bouakeo et son frère de dix-huit mois, décident de se déplacer. Cela prend énormément de courage, car quitter le pays à l’insu des agents de l’ordre public est très dangereux! Pour être certains de passer inaperçus, les Panyachack doivent établir une stratégie qui commence d’abord par un voyage clandestin de nuit. Pour supporter la famille, la tante de Bouakeo donne des calmants aux deux jeunes, installés sur un bateau gonflable avec bien peu de vêtements et d’effets personnels, pour éviter qu’ils pleurent durant la traversée et alertent la sécurité. C’est un échec! Au milieu du périple, son frère se met à pleurer, ce qui alerte les communistes qui menacent la famille : « Si vous ne faites pas demi-tour, nous n’aurons pas d’autres choix que de tirer sur vous. » Ayant déjà parcouru la moitié de leur chemin, les parents prennent la décision de ne pas abandonner. Les gardiens, du haut de leur tour d’observation, tiennent parole et tirent! Le bateau gonflable est atteint! Les effets personnels et les deux enfants se retrouvent à l’eau. Motivés malgré tout à offrir un meilleur mode de vie à leur famille, les parents rattrapent leurs bambins et continuent à nager! Au bout de quelques minutes, ils atteignent la frontière.

Famille accueillie et intégrée au Canada

Pour Bouakeo et les siens, tout est bien qui finit bien, ils sont enfin en sécurité. Huit mois s’écoulent avant que la famille puisse être accueillie au Canada par cinq familles québécoises de Le Gardeur. Ces généreux parrains offrent un logement, des vêtements ainsi que de la nourriture aux nouveaux arrivants. Le père de Bouakeo se trouve rapidement un travail, soit faire l’entretien de l’église du village. Pour mieux s’intégrer, les parents de Bouakeo s’inscrivent à l’école pour apprendre le français. Plutôt que de s’installer à Montréal, près d’autres réfugiés laotiens, son père décide de rester en banlieue afin de bien s’intégrer à la culture québécoise. C’est à l’âge de douze ans, en 1987, que Bouakeo et sa famille arrivent à L’Assomption.

Études et travail

Bouakeo réussit à obtenir un diplôme d’études secondaires, et même un diplôme en techniques en soins infirmiers. Puis, à l’âge de 22 ans, elle décide de se lancer en affaires! Dans le but d’assurer un avenir meilleur à ses parents, elle ouvre un restaurant qu’elle appelle Les Délices du Lao-Thaï. Ce restaurant familial de l’Assomption permet à tous les membres de rester unis tout en assurant une plus grande sécurité financière. Aujourd’hui, Bouakeo travaille toujours comme serveuse dans son restaurant mais à présent, son frère et sa belle-sœur s’occupent de la gérance. Ils ont une clientèle fidèle. Les clients sortent toujours satisfaits du menu et apprécient l’ambiance chaleureuse du restaurant.

Une famille à elle

Bouakeo est maintenant mariée à un homme québécois dont elle a deux enfants. Elle avoue avoir quitté la ville de L’Assomption à quelques reprises pour habiter ailleurs, mais chaque fois, elle revient car elle avoue ressentir un fort sentiment d’appartenance envers la ville de L’Assomption surtout grâce à son patrimoine.

Un retour au Laos

Depuis son exil forcé, Bouakeo n’était encore jamais retourné au Laos… En octobre dernier, elle y est retournée pour la première fois. Après tant d’années et avec peu de souvenirs, il lui a fallu trois semaines pour se réadapter à la culture laotienne.

La présence de Bouakeo parmi nous représente un enrichissement

Bouakeo présente une histoire hors du commun, elle a dû montrer beaucoup de courage. Ayant choisi L’Assomption, elle a réussi à y mettre du sien. Son restaurant nous fait connaître des facettes de sa culture d’origine.